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mardi 20 octobre 2015

La première classe, c'est la classe!

(et celui qui dit que je me suis pas foulée pour le titre... ben il aura raison!)

Une nouvelle étape dans notre petite vie de famille a donc été atteinte le 18 Septembre dernier: la rentrée en CP de Monsieur Choupinou. Alors oui, parfois je me plains de la vie ici, de ce qui me manque de la France, des différences de mentalité... mais il y a une chose (parmi beaucoup d'autres, on resterait pas ici si ça nous plaisait pas un minimum) où franchement je trouve que l'Allemagne assure, c'est justement ce passage entre l'école maternelle (qui s'appelle ici le jardin d'enfants, "Kindergarten") et la grande école. Autant j'ai l'impression qu'en France c'est un jour presque comme un autre "ta nouvelle école mon chéri, bon courage et à ce soir", autant en Allemagne c'est un jour de fête, j'ai même un collègue qui avait 50 personnes à la maison le soir de la rentrée de son rejeton. Déjà, le rite de passage avait commencé au mois d'août à la maternelle avec l'"éjection" des futurs écoliers. Ils se sont mis les uns derrière les autres dans l'entrée de la maternelle. Entre la porte et la rue, il y avait un trampoline, sur lequel ils ont sauté chacun à leur tour tandis que leurs maîtresses chantaient une petite chanson, à la fin ils étaient "jetés" dans la rue, où les parents les attendaient et les enfants des petites et moyennes sections leur donnaient un petit cadeau. Chez nous c'était un trampoline, j'ai vu aussi sur YouTube une version avec une couverture où l'enfant est bercé puis "jeté" sur un matelas dehors. Un joli symbole!

Le jour J, chaque gamin qui fait sa rentrée à l'école a ce qu'on appelle une "Schultüte". Ça ressemble à une grosse pochette surprise, dedans on y met des petits cadeaux (gomme, taille-crayon, stylos, porte-clé, veste fluo pour aller à pieds à l'école, livres, petits jouets, et surtout plein de bonbons!). Certains la fabriquent eux-mêmes, nous on s'était pas foulés on en avait acheté une dans le commerce à l'effigie d'un de ses héros préférés, et je l'avais remplie généreusement.
La journée a commencé par une messe oecuménique, le pasteur qui a fait la cérémonie était super cool et rigolo, il a raconté des petites histoires et anecdotes qui avaient toutes un rapport d'une part avec le fait de grandir et d'autre part sur l'importance de la tolérance et de l'acceptation de l'autre, les petiots l'écoutaient tous religieusement (ah, kolossal humour!). Ensuite petite promenade jusqu'à l'école, on s'est tous serrés dans la salle de musique pleine à craquer (parents, grand-parents, oncles et tantes, cousins, amis, voisins,...), et les CM1 (4ième classe) ont joué une petite pièce de théâtre en costumes, ont chanté pour acceuillir les petits nouveaux. Puis les maîtresses sont montées sur la scène et ont appelé les enfants un par un, quand les classes ont été complètes et les mains douloureuses à force d'applaudir, ils ont rejoint leurs salles de classe pour une heure tandis que nous on se remettait de nos émotions en sirotant du café et en mangeant un petit encas dans la cour. Vers midi, tout était fini, on a fait quelques photos de notre écolier, puis on a été manger avec lui dans notre resto italien habituel avant d'aller acheter les dernières fournitures scolaires.

Depuis, il a bien pris le rythme de l'école, nous on a fini par piger le code pour les devoirs (gros moment de solitude la première fois où il y avait deux carrés rouges suivis de: S 8 N R 4 5 et un carré bleu S 5 --> maintenant, on maîtrise! 2 carrés ça veut dire le gros cahier, 1 carré le petit cahier, S c'est "Seite" (page) et N R c'est numéro, rouge pour l'allemand, bleu pour les maths. Y'a aussi des ronds, ça c'est pour les feuilles volantes de la pochette rouge (où il peut aussi y avoir des devoirs de maths malgré la couleur!)). On s'est déjà payés deux réunions de parents, le Mec inconscient a failli se porter volontaire pour être délégué de parents, quand il a vu le genre de questions posées par les autres sa motivation en a pris un coup (et puis faut dire ce qui est, on n'a tout simplement pas le temps de s'occuper de ça en plus...). Est-ce-que son envie soudaine avait un rapport avec le fait que la maîtresse est plutôt mignonne? On va dire que non hein...
À l'école allemande, il y a des cours de religion (auxquels les enfants ne sont pas forcés de participer, ceux qui ne le font pas ils ont une alternative), ils ont l'air de parler des fêtes, des jours fériés, de notions du genre bien et mal... l'autre jour Choupinou m'a fait un résumé de son cours de la journée "alors il y avait Dieu et puis aussi Jésus, et les petits ils voulaient pas aller voir Jésus mais Jésus il a dit il faut venir me voir, même les petits ils peuvent venir à moi, alors ils sont allés le voir". L'évangile selon Choupinou, épisode 1...

Bref, c'est une affaire qui roule, j'espère que l'école va peu à peu rendre mon rêveur de fils un peu moins rêveur et étourdi...
Et Choupinette dans tout ça? J'avoue que j'avais un peu craint la séparation d'avec son frère en m'imaginant que du coup elle allait revenir dans une phase bébé, refusant de nous laisser partir le matin, etc... et bien c'est tout le contraire qui s'est passé. Dès la première semaine, elle nous a dit le plus sérieusement du monde "maintenant je suis grande, je vais aussi aller bientôt à l'école alors le matin c'est pas la peine de m'accompagner à l'intérieur de la maternelle, je fais toute seule!". J'ai d'abord cru que c'était du bluff, mais non, depuis 4 semaines je n'ai pas mis un pied à la maternelle le matin, elle fait les 50 mètres depuis le parking comme une grande, en se retournant pour m'envoyer des bisous et me faire des coeurs avec ses doigts... elle m'épate ma petite grande!

La vie est définitivement un long ruban qui défile. qui défile...

lundi 30 juin 2014

On est footus

Il paraîtrait que depuis quelques années, il y a de plus en plus de femmes qui s’intéressent au foot. Il y a environ 30% de femmes dans les stades allemands en moyenne pendant l’année de championnat, et ça dépasse les 40% pour des grands événements genre Coupe du Monde. Et ceux qui croivent qu’elles sont là seulement pour reluquer les beaux mecs (au-revoir Christiano, tes pectoraux vont me manquer), même pas vrai, elles sifflent comme des mecs, elles râlent comme des mecs devant l’arbitre, elles crient "y’a hors-jeu là!!!" au bon moment... pour ne pas mourir idiote, j’ai demandé au Mec de m’expliquer enfin les règles, malgré ma blonditude j’ai tout enregistré et depuis le hors-jeu (même le passif, ah, ah, ah, je vous impressionne hein?), les sorties de but, les corners n’ont plus aucun secret pour moi. Là où je ne maîtrise pas encore, c’est pour savoir si quand ils tombent, c’est du chiqué ou pas (petite indication du Mec : si c’est un italien, c’est toujours du chiqué !), mais ces connaissances de base me suffiront bien pour pouvoir livrer des commentaires pertinents et fondés les 2 dernières semaines qui viennent ("moi j’aurais donné un péno là..." plutôt que "c’est quand qu’ils s’échangent les maillots qu’on voit la marchandise?"). J'y ai été une fois au Stade ici, quand j'étais encore stagiaire. J'avais eu le malheur de lancer une fois "j'aimerais bien une fois assister à un match, pour voir l'ambiance, tout ça...". C'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, une semaine après un collègue se ramenait avec des billets en main en me disant "mercredi, t'es de match". Je suis donc allée supporter l'équipe de Stuttgart, ben vous me croyez ou non mais je me suis même pas ennuyée. Ils m'avaient déguisée en conséquence les collègues, j'avais ma casquette du club et mon écharpe du club attachée autour du poignet et à chaque fois qu'il y avait un corner de notre côté fallait que je fasse tourner l'écharpe au moment de la frappe (je vois déjà celles qui vont demander s'il y a des photos, perdu, pas de traces de ces instants mémorables!). Bref, la nana + foot = maîtrise totale du sujet. À chaque retransmission je découvre de nouvelles expressions footballistiques. Cette année, la phrase qui revient à tous les matchs c'est "il a tiré en première intention". Ce qui pourrait se traduire si j'ai bien tout compris par "il a zéro contrôlé ses mouvements et a tiré comme un gros bourrin". Maintenant qu'on a la tivi française, quand le match est retransmis on le regarde là. Mon chouchou dans les commentateurs, c'est bien sûr Arsène, il dit pas grand-chose, mais quand il dit quelque chose, je suis souvent morte de rire... par contre il y a quelques jours il a dit un truc que le Mec et moi avons un peu de mal à interpréter... y'a un joueur qui a piqué la balle à un de l'équipe adverse et il est allé pratiquement tout seul jusqu'au but (je sais plus s'il l'a mis mais c'est secondaire). Et là Arsène il a dit "ouais il allait vite mais c'est parce qu'il était dans le sens de la marche". WTF? Est-ce que les autres ils couraient à reculons? Bref maintenant dès qu'on n'a pas de réponse à une question qui commence par "pourquoi..." on répond à l'autre "c'est parce qu'il était dans le sens de la marche". Merci Arsène.

Là où ça bouge beaucoup en Allemagne, c’est du côté de la "fan attitude". Depuis la Coupe du Monde en Allemagne il y a 8 ans, où mes compatriotes d’adoption ont montré à toute la planète qu’ils pouvaient aussi crier, chanter, être accueillants, gentils, drôles, fêtards, foldingues et non pas comme le veut le cliché rigoler quand ils se brûlent, l’enthousiasme pour le foot ou plutôt pour la façon de montrer son enthousiasme pour le foot a connu dans le pays un regain indescriptible. Le patriotisme/chauvinisme avec, bien évidemment. C’est bête à dire mais je l’ai entendu de plusieurs collègues, de ne pas s’être fait traiter de nazis quand ils ont sorti leurs drapeaux et chanté leur hymne à pleine voix, ça leur a donné du courage et de l’élan. Du coup, ils en font presque trop. Depuis des semaines, une voiture sur deux se balade avec des petits drapeaux allemands aux fenêtres, les maisons ont leur drapeau dans le jardin à l'américaine, tous les bars sont aux couleurs rouge-jaune-noir. À chaque victoire, ils sautent dans leurs voitures et klaxonnent à tire-larigot pendant la moitié de la nuit (mes enfants qui pioncent, pitiééééééé!). En plus de ça, ils sont super optimistes quant aux résultats de leur équipe nationale, des groupes connus sortent des chansons du genre "on va être les champions" alors que la compétition a à peine démarré.
Le Mec, lui, ça l'énerve au plus haut point. Je veux dire, on vit ici depuis 17 ans, on a des amis allemands, on est super bien intégrés, on est bilingues, on est super contents de la vie qu'on mène ici... mais quand il s'agit de sport, il n'est plus question d'intégration. Il voue une véritable haine au foot allemand, notamment à cause de je ne sais plus quel match dans les années 80 où le gardien de but allemand a cassé les dents d’un joueur français lors d’un choc particulièrement brutal. Du coup, il est systématiquement pour l'adversaire de l'Allemagne quand celle-ci joue, mauvaise foi comprise. Alors bon, j'ai un peu peur parce que si tout se passe à peu près logiquement ce soir, la France et l'Allemagne devraient se rencontrer en quart de finale... Priez avec moi que ce soit nous qu’on gagne parce que sinon ça va être la soupe à la grimace à la maison.

Bon(s) match(s) à tous!

lundi 17 décembre 2012

8 Femmes

(bon en fait on était 12 mais ça passait plus avec le titre du film…)

La semaine dernière, j’étais 2 jours dans un séminaire, pompeusement intitulé “Carrières de femmes” (enfin, j’ai traduit, le titre original étant en anglais comme beaucoup de trucs en Allemagne, ils n’ont jamais eu un genre Toubon comme ministre de la culture eux). Deux jours avec que des filles, la dernière fois que ça m’est arrivé ça devait être au lycée. Deux jours dans le monde des Bisounours. Le contenu du séminaire c’était un mélange entre celui que j’ai fait l’année dernière (est-ce que je veux monter dans la hiérarchie ou pas) et “Hommes/Femmes mode d’emploi”. Donc en gros, comment monter quand on est une faible femme qui doit se battre dans un monde impitoyaaaaaaaable peuplé d’hommes qui ne fonctionnent pas pareil que nous mais qu’on ne veut pas forcément tout sacrifier à sa carrière. Intéressant à signaler: sur les 12, on était 5 mamans. Alors certes, à part une suédoise adorable avec qui j’ai bien sympathisé elles bossaient toutes à mi-temps mais bon, des mamans qui travaillent en Allemagne c’est tellement rare qu’il faut le signaler (encore ce matin aux infos, je cite pratiquement mot à mot: “les couples allemands renoncent de plus en plus à faire des enfants. Les raisons? Beaucoup de femmes diplômées n’arrivent pas à combiner enfants et travail, et les mères qui travaillent sont rarement reconnues dans la société”. Parenthèse: y’a des fois, je me demande ce que je fais dans ce pays à la mentalité moyennâgeuse… je referme la parenthèse). Par rapport aux séminaires de d’habitude où il y a 80% d’hommes, où les 20% de femmes qui restent ont les dents qui rayent le parquet et ont décidé de faire une croix sur tout projet familial et où je me sens donc toujours un peu à part, c’était donc un environnement un peu plus agréable. L’animatrice était très dynamique et sympathique, comme je disais le groupe homogène et presque un peu trop harmonieux (les séances de feed-back c’était vraiment les bisounours, moi qui suis habituée à me prendre dans la figure des réflexions du genre “pfffff, avec ton accent je te comprends à peine, en plus t’es une fille et t’es blonde, donc jamais je ne t’accepterais comme chef” (cf. premier séminaire l’année dernière), c’était une bouffée d’oxygène). La partie un peu décevante, c’était la discussion avec une femme chef d’équipe de la boîte, qui a commencé sa présentation en disant “j’ai 45 ans et il y a 10 ans, avec mon mari on a décidé qu’on ne voulait pas d’enfants pour que je puisse avoir une carrière”. Dans un séminaire où on était sensées trouver de la motivation pour envisage de tenter de devenir chef malgré une vie privée avec des enfants, c’est tombé un peu à plat. L’employé DRH qui était là aussi a un peu coupé l’herbe sous le pied de certaines des participantes en annonçant que oui, un travail de chef d’équipe en temps partiel était possible, la condition étant de trouver une autre femme qui complèterait le poste (donc job-sharing ou rien). En gros, sur la partie recherche et développement de la boîte (dans les 10000 personnes), il y a 2 cas où ça a marché. Youhouuuu, ça donne de l’espoir! J’ai “bien aimé” aussi les exemples de “carrières de femmes”: Hillary Clinton, la femme de Bill Gates, la fille de Ghandi, la chancelière allemande: oui, certes, mais bon, difficile quand même de s’identifier. Malgré tout cela et le fait que dans ma tête c’est déjà à peu près clair quelles vont être les prochaines étapes (j’étais la seule à avoir en vue l’assessment center à court terme), j’ai passé 2 jours intéressants, j’ai fait la connaissance de filles sympas que je serais contente de revoir, j’ai reçu la confirmation que j’ai eu raison de faire du rentre-dedans à mon chef l’année dernière (thérorème: un homme ne comprend jamais les allusions fines!), j’ai reçu de bonnes critiques et également la confirmation que pour l’extérieur, je passe pour quelqu’un de calme et souverain, paraîtrait même que c’est une de mes forces, j’ai pu partir chercher Choupinette à la crèche une demie-heure avant la fin du séminaire sachant que toutes les personnes dans la pièce comprenaient la situation. Bref, même s’ils ne changeront pas ma vie, 2 jours bien investis!

Pour finir sur un sourire, un mot de Choupinou sur le thème “la femme est un homme comme les autres”: samedi, je rentre de chez le coiffeur (yes, I dit it!!!!!!!!!!), il me regarde et me dit “oh Maman, coiffure jolie, t’es beauuuuuuuuuuuuuu” :-) 

mercredi 1 août 2012

Eins, zwei, Polizei...

... qu'on pourrait traduire par "mes expériences avec les flics teutons". Attention hein, je ne suis pas une grande criminelle, faudrait pas croire...
La première fois où je me suis "frottée" à la loi, j'avais vraiment quelque chose à me reprocher. J’avais récupéré la bagnole de ma grand-mère, je l’avais immatriculée en Allemagne, assurée comme il faut… les seuls trucs qui manquaient, c’était le triangle de sécurité et la boîte de pansements. C’est une obligation en Allemagne de les avoir toujours dans la voiture. On ne peut pas dire que je ne le savais pas, j’ai fait mon permis ici et dans un séminaire sur la sécurité (où on s’entraîne par la même occasion à faire un joli pansement, un massage cardiaque et du bouche-à-bouche à un mannequin en plastoque), c’est le genre de choses qu’on apprend. On apprend aussi que la boîte de pansements a une date de péremption, et que si on te chope avec une boîte périmée ben tu payes la même prune que si t’en avais pas du tout. Mais bon, comme d’habitude j’avais procrastiné et décidé que j’achèterais les deux choses «à l’occasion». Et ça loupe pas, un jour en rentrant du boulot, paf, un barrage de la police sous le pont à quelques centaines de mètres de chez moi… je remarque qu’ils laissent passer une voiture sur deux, d’après mes calculs je devrais passer à travers mais non, on me fait ranger sur le côté. Et là, une montée d’adrénaline dans mon corps : purée, je suis encore en période d’essai et j’ai pas le triangle et la boîboîte. Gnourf. Le flic, encore une fois avec un air peu engageant, me demande mon permis et la carte grise de la voiture… et là je me rends compte aussi que j’ai toujours mon nom de jeune fille sur mon permis, mais que j’ai fait mettre mon nom de femme mariée sur la carte grise. Là non plus, ça ne loupe pas, il me demande pourquoi il y a deux noms différents, je lui explique que je suis mariée depuis peu, que je l’ai uniquement fait changer sur la carte grise. Heureusement pour ma pomme, il semble qu’on ne soit pas obligé de faire changer le permis (j’ai vérifié après cet épisode), le flic ne dit rien, mais se barre avec mes papiers, les montre à un collègue… revient vers la voiture, commence à tourner autour, vérifie les plaques d’immatriculation… je m’aperçois que la voiture de devant, ils lui font ouvrir le coffre… ça y est, je suis foutue, je vais me prendre une contravention carabinée!!! Mais le bon Dieu décide sans doute que j’ai été assez punie à baliser comme ça, puisque le flic revient, me rend mes papiers, me signale que de temps en temps ça serait peut-être pas une mauvaise idée que je lave ma titine vu que les plaques sont un peu sales (oui oui Monsieur l’Agent, pas de problèmes Monsieur l’Agent, promis juré!), me souhaite une bonne fin de journée et me laisse partir. J’ai le cœur qui a battu la chamade encore de nombreuses minutes après, et j’ai acheté mon triangle et la boîte de premier secours dès le lendemain!

La deuxième fois, on s’est fait arrêter par les flics pour un contrôle au retour d'un mariage, donc au milieu de la nuit. Heureusement, le Mec est quelqu’un de très raisonnable, il avait bu son dernier (et je crois même unique) verre de vin 3 ou 4 heures avant et avait carburé depuis à l’eau et au coca. Au début le flic, il faisait une tête sérieuse… il a d’abord demandé les papiers… puis il nous a demandé d’où on venait… en apprenant qu’on était à un mariage, il a demandé si on avait bu de l’alcool, tout en projetant le flash de sa lampe de poche dans les yeux de mon homme… le Mec a répondu très calmement qu’il avait bu un peu de vin mais que ça remontait à plusieurs heures, et il a ajouté «et j’ai même pas bu de champagne». Là, le flic s’est complètement déridé, il a commencé à rigoler et à dire «quoi, un mariage et même pas un peu de champagne??? Quand même, vous auriez pu, un mariage ça se fête!». J’ai halluciné… en tout cas il nous a laissés repartir comme ça, sans même faire souffler. Mais aussi sympa qu’il ait été, j’avais le cœur qui battait à 200 à l’heure. Pourtant, on n’avait vraiment rien à se reprocher, mais je sais pas, c’est un réflexe incontrôlable.  le Mec, lui, il reste cool... est-ce que cela tient au fait qu'il avait un grand-père gendarme ?

La troisième fois que j'ai eu affaire à la maréchaussée, ça aurait pu bien mal finir... un matin, sur le chemin du travail, alors que je suis peut-être à 30 km/h maximum, je trafique l'auto-radio pour trouver de la musique qui me plaît. Et tout d'un coup... boum! Le bouchon s'est intensifié, tout le monde a pilé, je suis rentrée dans la voiture de devant. Gnourf. Je sors, deux filles sortent de l'autre voiture, je m'excuse, on regarde les voitures (une petite bosse et quelques égratignures, comme je disais la vitesse était limitée), on échange nos coordonnées et on met au point de se téléphoner le soir pour les histoires d'assurance. Quelques heures après, coup de fil de la conductrice au boulot, froide au possible: "oui alors bon, ma copine sur le siège passager elle a super mal au cou, on a été à l'hosto on lui a donné une minerve... maintenant on va chez les flics à cause de la blessure, et après je vais voir mon garagiste pour qu'il fasse un devis pour les réparations". Après ça en gros elle m'a raccroché au nez. Youhouuuuu... nouveau coup de fil dans l'après-midi, le commissariat qui me dit de passer le soir-même. Bonjour l'angoisse pendant les quelques heures qui ont suivi. Au commissariat, on tombe sur une fliquesse adorable, qui m'explique que la fille a en gros déposé une "pré-plainte" pour coups et blessures involontaires, que pour l'instant il ne se passe rien mais qu'elle a 3 mois pour décider si elle retire la plainte ou si elle la maintient. Sur le moment, je peux vous dire que ça fait un choc. Mais on nous dit que c'est courant ce genre de choses, que dans 99% des cas la plainte est retirée, et que je ne dois pas me faire de mouron. Plus facile à dire qu'à faire! Pendant 3 mois, j'ai donc bien balisé, j'ai pris des nouvelles régulièrement de la "blessée" qui se plaignait à chaque fois que quand même, elle avait encore un petit peu mal... et j'ai fini par recevoir un papier comme quoi je n'avais pas à craindre de procédures... tout est bien qui finit bien mais autant vous dire que depuis, il n'y a pas plus concentrée que moi sur la route!

En petit bonus et parce que ça fait partie de la culture musicale allemande (si, si), la chanson qui m’a inspiré le titre et qui n’est quand même pas loin d’être la chanson la plus conne de tous les temps...

jeudi 31 mai 2012

Pendant ce temps, à Vera Cruz...

(les cinéphiles parmi vous reconnaîtront d'où vient le titre... ce film, au-delà du fait que même après le dixième visionnage je me bidonne toujours sur les mêmes répliques, a une signification particulière, puisque quelques heures après l'avoir regardé en une chaude soirée de Juin 2009, débarquaient les premières contractions qui annonçaient la naissance de Choupinou)

Hein, donc (comme disait environ 50 fois par heure un de mes profs en école d'ingé), nouvel épisode de la série palpitante "les films de ma vie"!

"Un flic à la maternelle"
Youpi youpla, gloria alleluya, super top méga trop, on a une place pour Choupinou au jardin d'enfants/école maternelle à partir de Septembre! Les expatriés germanisants qui me lisent (mais si, il y en a, on y croit!) comprennent quel soulagement c'est, pour les autres sachez qu'en Allemagne, les places au jardin d'enfants sont rares, un peu moins que celles en crèche mais pas loin. Dans mon cas, une difficulté supplémentaire du fait que je suis une mère indigne qui travaille à plein temps, donc qui a besoin d'un endroit où les enfants ne sont pas libres à partir de 13:00. Sur 5 jardins d'enfants que compte ma ville, 2 sont à plein temps (7:00 - 17:00). C'est donc pour ces deux qu'on a fait notre "candidature" il y a un an et demi de cela. Et il y a quelques jours, la bonne nouvelle est tombée par l'intermédiaire d'un message sur notre répondeur: on a une place, et c'est à 3 minutes en voiture de la maison. Youhouuuu! Il nous restera à trouver quelqu'un qui s'occupe d'aller le chercher là-bas à 17.00 et de s'en occuper jusqu'à ce qu'un de nous deux rentre (vers 18:30), et les prochaines années risquent d'être assez prise de tête sur le thème des vacances parce que l'établissement est fermé tout le mois d'Août, mais quand même, c'est une petite victoire!
Le jardin d'enfants allemand, c'est un peu différent de l'école maternelle française. Déjà, rien qu'au nom on peut le deviner... ici, la période entre 3 et 6 ans, c'est la suite logique de la crèche, où on joue beaucoup, où beaucoup de place est laissée aux activités manuelles, créatives, où on passe beaucoup de temps dehors. Certes, il y a un côté préparation à l'école, mais ce dernier ne passe pas au premier plan. En France, c'est l'école. Un encadrement déjà très scolaire, un apprentissage qui débute... j'ai trouvé cet article très intéressant qui résume bien les différences en farfouillant sur le Net:
On peut trouver des avantages et des inconvénients à chaque système (même si sur le papier c'est l'allemand qui semble le mieux parce qu'il se concentre sur le bien-être de l'enfant), je pourrai parler de notre expérience ici. En tout cas, c'est encore une étape qui fait que mon petitou n'est définitivement plus un bébé... (enfin si, quand ça l'arrange, du genre Monsieur a encore des couches et refuse le pot, on a tout l'été pour qu'il soit propre en journée, là-aussi on y croit fort fort!!!!!!!)

"le Séminaire"
Il y a 15 jours j'étais de nouveau en séminaire, la suite de celui que j'ai fait l'automne dernier et dont j'avais brièvement parlé ici. Le premier, c'était un peu sur le thème "est-ce-que je veux devenir chef d'équipe?", celui-ci, c'était "maintenant que je sais que je veux le devenir, quel genre de chef d'équipe serai-je, qu'attend la boîte de moi?". Sur 16 personnes, nous étions seulement 5 à ne pas faire l'Assessment Center cette année. Il y avait donc 11 jeunes loups qui se voyaient les uns les autres comme de potentiels concurrents et qui a chaque thème abordé en gros demandaient "et comment il faut faire pour bien répondre/être bien vu le jour de l'Assessment Center?", malgré que les formateurs aient dit dès le début que le séminaire n'était en aucun cas une préparation à ça. Heureusement, ils ont assez vite compris, et le groupe était au bout du compte assez sympathique. J'étais pratiquement la seule à venir du domaine du développement, la plupart des autres filles notamment étaient dans le marketing, la logistique ou encore les achats. Dans ces jobs il y a évidemment besoin d'un certain bagou, d'une certaine présence. Vous l'aurez compris, à côté de ces filles sûres d'elles, qui racontent qu'elles font 6 heures de sport par semaine, que tous les ans elles font un grand voyage "le plus beau jour de ma vie c'est quand je suis arrivée au sommet du Kilimandjaro", et que oui, elles ont fait le choix de ne pas avoir d'enfants et de privilégier leur carrière (toutes entre 36 et 40 ans), je me sens un peu... différente (voir mon post précédent). Ca ne m'a pas empêchée de participer activement au séminaire, de me faire "mal" en me forçant à faire un jeu de rôle sur une situation de conflit pas évidente, et finalement j'en retire des bonnes choses, je sais les domaines où il faut que je travaille sur moi et j'ai récolté des feed-backs positifs (en plus, personne ne s'est plaint de mon accent) et des critiques constructives. Si on ajoute à cela un entretien très très agréable hier avec un collègue de mon chef (donc assez haut hiérarchiquement), duquel va peut-être se profiler une possibilité de prendre des responsabilités dans un projet, ce qui est mon but pour me remettre dans le bain de la technique les prochains mois, mon bilan professionnel et les progrès que je constate chez moi sont donc plutôt positifs. Pourvu que ça dure...

"Boire et Déboires"
J'ai un peu hésité à en parler ici, même si j'y ai déjà fait quelques allusions, mais quelque part même si en ce qui concerne ma famille avec les années je me suis fabriqué une carapace et ai mis une certaine distance émotionnelle pour me protéger, il reste que quand il y a un problème ça me travaille et j'ai besoin d'en parler. Le problème? L'alcool. La personne concernée? Mon père. Il y d'abord eu son départ en retraite. Puis un événement qui l'a beaucoup perturbé. S'en est suivi un début de dépression. Mes parents ont toujours été de bons vivants, également au niveau de la boisson, du vin pendant les repas je l'ai toujours connu à la maison. Quand le petit whisky digestif ponctuel du paternel est cependant devenu systématique, quand il n'était plus seulement digestif mais pris à n'importe quel moment de la journée, quand sont apparus les réveils nocturnes histoire de "prendre une petite goutte", quand les muscles ont fondu, quand le foie s'est rebellé, quand le moindre effort est devenu une épreuve physiquement impossible, quand les chutes ont commencé... c'est qu'il était déjà dans l'engrenage. Je n'ai pris vraiment conscience du problème qu'à la naissance de Choupinette, quand ma mère s'est enfin décidée à mettre des mots sur ses inquiétudes et à m'en parler. Il y a des jours avec, il y a des jours sans, lors de ses visites chez moi il arrive à se contrôler plutôt bien et à ne pas sortir du rang... n'empêche que plus ça dure, plus ça s'aggrave, et j'ai été un peu soulagée d'apprendre que grâce à l'aide du médecin de famille, mon père a accepté de se prendre en mains et de faire une cure. Demain a lieu l'entretien avec le médecin qui décidera des conditions, de la durée, du contenu... la bataille est loin d'être gagnée, même avec le pseudo-détachement qui est le mien je ne peux souvent pas empêcher une petite boule de se former dans ma gorge. Alors je croise les doigts, je prie avec ce qui me reste de foi que ma famille s'en sorte, qu'elle fasse preuve de force, de volonté et de discipline pour s'en sortir et acquérir un nouvel équilibre, dans lequel tout le monde trouve sa place. Y compris moi. 

I'll be back!

mardi 14 février 2012

Carnaval


Franchement, je me sens super bien intégrée dans ce pays. Je parle couramment la langue, j'ai des amis allemands, je me suis faite à la bouffe, je participe à plein d'événements/traditions qui n'existent pas en France... mais s'il y a bien un truc auquel je n'arrive pas à me faire, c'est cette période de Carnaval. Fasching que ça s'appelle ici. Je veux bien que ça soit une tradition, sans doute religieuse à l'origine même, mais qui j'en ai l'impression a fortement été détournée. Pour beaucoup, c'est seulement un bon prétexte pour picoler jusqu'à l'inconscience, pour draguer/sauter sur tout ce qui bouge (avec petit souvenir à la clé 9 mois après, vous n'avez pas idée du nombre de bébés conçus à cette période) et pour propager une fausse bonne humeur sous prétexte qu'ils sont tous ridiculement déguisés. Bon ça c'est une question de goût hein, je n'ai jamais été fana de déguisements (un traumatisme de mon enfance où j'ai traversé toute la ville à pieds pour me rendre à un anniversaire déguisée en schtroumpf parce que mon paternel avait laissé libre cours à son imagination avec ce qu'il y avait dans mon armoire), mais franchement, au-delà de 8 ans ce n'est plus mignon ni rigolo, si? Le pire c'est le tapage dans les médias. Après une semaine où il n'est question que de ça à la télé ou dans les journaux, ça suffat comme ci. Le truc le plus saôulant, ce sont les émissions où des pseudo-comiques sortent des blagues pas drôles (niveau pipi-caca-prout) ponctuées par un jingle musical énervant au possible (tintinnn tintinnnn tintinnnnnnnnnnn!) et où le plouquos lambda du public (déguisé en pirate ou en indien) se tape sur les cuisses devant tant de finesse en trinquant avec le voisin qu'en temps normal il mépriserait de toute son indifférence. Vous me direz, j'ai qu'à pas les regarder ces émissions, mais y'en a sur toutes les chaînes, et puis en ce moment c'est ça ou le curling. Le pire, c'est quand le carnaval s'immisce au boulot. Jeudi prochain par exemple, c'est ce qu'ils appellent ici le "jeudi sale" ou encore le "carnaval des femmes". Le grand jeu, c'est que les femmes se baladent avec des ciseaux et coupent les cravates des mâles qui en portent ce jour-là, et en contrepartie ils réclament un palo bisou. C'est sensé être un symbole de l'émancipation de la femme. Gné? Ou alors c'est genre "si je te coupe la cravate, ça veut dire que je pourrais te couper aussi autre chose"? (je sais pas hein, j'essaye d'interpréter!). Les années passées, le quatrième collègue qui s'est pointé devant moi en me disant "ben tu me la coupes pas ma cravate, j'en ai pourtant mis une moche exprès aujourd'hui!", je ne lui ai même pas souri, je l'ai regardé d'un air lassé et je lui ai dit "va voir chez les collègues, moi je suis française je fête pas ce genre de choses". Carrément associale la fille. Carrément pas intégrée. Le seul avantage de cette période? Les beignets gras au possible saupoudrés de sucre qui pourraient constituer ma nourriture exclusive tellement je les aime... allez, avec quelques exemplaires de ces bombes caloriques chez moi peut-être même que je jouerai le jeu et déguiserai mes enfants pour la crèche. En pirate ou en indien.

lundi 19 décembre 2011

Ce qui se fait... ou pas.

La vie en Allemagne n’est pas vraiment synonyme de « choc des cultures ». Quand je vois des gens qui s’expatrient en Chine, en Inde, en Amérique du Sud ou au fin fond de l’Afrique, là j’imagine qu’ils doivent tout d’abord s’acclimater et être bien renseignés sur les coutumes, les traditions, les choses qu’on fait ou qu’on ne fait pas dans le pays. En Europe centrale, on fonctionne tous plus ou moins de la même façon, mais il y a quand même quelques petites différences qui peuvent parfois mettre dans des situations embarrassantes...

Quand on est une petite française qui débarque en Allemagne, qui ne comprend pas grand-chose à cause de l'accent souabe hyper prononcé et n’ose pas parler de peur de faire une faute tous les deux mots, vient le moment où on a quand même envie de sortir de son trou, de communiquer, en un mot de s’intégrer. On sympathise avec les autres étudiants au boulot, à chaque jour qui passe on comprend un peu mieux ses interlocuteurs, on ose sortir quelques phrases que les gens ont l’air de comprendre, youpi, la vie est belle. À la première soirée où on est invité(e), à coup sûr on commet le premier impair si on n’est pas au courant. J’esseuplique : en France, on se fait la bise, même si on ne se connaît pas ou peu. Surtout entre jeunes, après y’a quand même le respect de l’âge, on n’ose pas forcément bisouter un ancien (si?). Bref, donc, première soirée où m’emmène une étudiante allemande du département, et paf, à peine arrivées on tombe sur un type qu’elle connaît. Elle, elle lui fait une sorte d’accolade, elle me présente, du coup moi j’avance ma tête pour faire mes 4 bises de parisienne… et là, c’est le drame… le type a avancé sa main vers moi en même temps, du coup ladite main rencontre mon corps quelque part entre la poitrine et le nombril puisque moi je me suis rapprochée. Une fraction de seconde plus tard, le type a un mouvement de recul brutal, comme s’il venait de s’apercevoir que ça faisait 3 jours que je mangeais de l’ail cru… mon neurone blond interprète ça comme « ok, y veut pas me faire la bise », du coup je recule, je tends ma main, entre temps lui il l’a de nouveau enlevée. Sourires gênés. Au bout de quelques secondes interminables, nos mains se rencontrent enfin, ouf… je me dis que le type est un peu coincé ou qu’il a une copine affreusement jalouse dans le coin, et j’oublie l’épisode. Jusqu’à ce qu’on rencontre une deuxième connaissance de l’étudiante. Rebelote. Exactement le même processus. Là ma copine me prend quand même à part et me dit « je ne sais pas si tu le sais mais ici la bise on la fait pas tout le temps. On se la fait en famille, ou alors quand on se connaît très très très très bien, ou alors quand on a des vues sur quelqu’un ». Allons bon. Je viens donc de passer pour la grosse dragueuse. Super. À partir de ce moment-là, à chaque fois que je rencontrais quelqu’un je me méfiais et gardais une bonne distance de sécurité. Pendant 2 ans j’ai eu un collègue français dans mon premier boulot, et puis également un chef qui avait fait sa thèse à Toulouse (il parle français mieux que moi, l’enfoiré…), du coup avec eux j’ai réappris à faire la bise. Vous auriez vu la tête des collègues les premières fois. Non seulement faire la bise, mais en plus à son chef, il y a sans doute eu des gros râgots à notre sujet… Et après ben figurez-vous que j’ai deux collègues allemands qui m’ont un jour demandé la "permission" de me faire la bise aussi le matin… comme quoi ils sont récupérables!

Un autre domaine où on a vite fait de passer pour la dernière des ploucs, c’est au café ou au restaurant. En France on t’amène l’addition, tu mets ton billet/ta pièce, le serveur récupère, te ramène la monnaie et en partant tu lui laisses le pourboire. Ben ici, non. La première fois, au moment de payer, je demande l’addition, le serveur me l’amène en ouvrant son gros porte-monnaie, du coup je me dis o.k, faut payer de suite, admettons. 14,70€, pas de problème, je sors mon billet de 20€ (à l’époque c’était encore des Marks mais bon, j’adapte…). Et là le serveur il me regarde intensément, comme si j’allais encore dire quelque chose. Euh, oui, kikigna ? Du coup je fais un sourire, lui il fait la gueule, bizarre. Il me rend mes 5,30€, et en partant il marmonne dans sa barbe je ne sais quoi… gné ??????????? Au bout de 3 ou 4 séances comme ça, la personne qui m’accompagnait a eu l’amabilité de me dire que si je voulais laisser un pourboire, il fallait que j’arrondisse le prix qu’il venait de m’annoncer, et que la différence c’était le pourboire, qu’il convient de fixer à environ 10%. J’aurais dû donc enchaîner direct après l’annonce des 14,70€, dire « 16€ bitte schöööööön », il m’aurait dit « danke sehr », m’aurait rendu mes 4€ et tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Peut-être qu’il a quand même découvert mes pièces sur la table en débarrassant mais bon…

Moralité: quand tu débarques ici et que t’es pas au courant, tu passes pour une grosse chaudasse super radin. Le pied nan ?

mardi 8 novembre 2011

La télé en Teutonie (1)

Aujourd’hui je vais vous parler d’un monument de la télévision publique allemande, l’émission « Wetten, daß… ? », qu’on pourrait traduire librement par « on parie que… ? ». Elle avait lieu tous les deux mois environ (je parle au passé, j'esseuplique pourquoi après) sur la deuxième chaîne allemande, et ceci tenez vous bien… depuis 38 ans ! À chaque fois, elle avait lieu dans une ville différente. Le principe? L’animateur (depuis 30 ans le même) invite des célébrités de tous horizons et de toutes nationalités: des chanteurs, des acteurs, des sportifs, des politiques,… (même la Carla elle est venue présenter son filet de voix aux allemands...) Souvent, quand les stars hollywoodiennes sont en promo en Europe ou qu’un chanteur vient de sortir un nouvel album, ils viennent se faire un peu de pub, discutent 10 minutes avec le présentateur sur l’énorme canapé, toujours le même (et il faut pas qu’ils oublient de placer qu’ils adooooorent l’Allemagne histoire que le film fasse des entrées ou que l'album soit catapulté dans le Top des ventes) et doivent participer à la partie « jeu » de l’émission. Dans celle-ci, des gens comme vous et moi proposent des paris, des défis. Les stars doivent dire si elles pensent que le défi sera tenu ou non. Celui qui perd a bien évidemment un gage. Les paris, c’est souvent du port’nawak de compet. Du style une dame qui déclare pouvoir reconnaître ses chiens rien qu’en écoutant la façon dont ils lapent leur écuelle. Ou encore un ado qui parie qu’il reconnaît la marque et le modèle d’une chaussure de foot en croquant le bout de la godasse (et le pire, c’est qu’il y est arrivé !). Un qui m’avait bien fait marrer il y a quelques temps aussi : un type a parié qu’il reconnaissait une chanson tandis que deux amis à lui, très musclés et torse poil, l’interprétaient en bougeant leurs pectoraux. Quand je dis que c’est du n’importe quoi… Les gages des stars quant à eux ne sont pas bien méchants, on tient à ce qu’elles reviennent. Je me souviens de Jennifer Aniston et Owen Wilson qui ont dû manger un gâteau pour chiens (ou tout au moins y goûter), de Salma Hayek déguisée en parfaite petite bavaroise (avec décolleté vertigineux et tentative de tyrolienne).
La première fois que j’ai entendu parler de cette émission, c’était quand mon paternel faisait encore un échange avec l’Allemagne, les élèves étaient dans les familles et nous on avait un des profs accompagnateurs à la maison. Je devais avoir 13 ou 14 ans, me débrouillais comme je pouvais en allemand, mais je me souviens parfaitement qu’on avait parlé des émissions cultes en France et en Allemagne et qu’il m’avait parlé de celle-là. À l’époque, l’animateur faisait aussi un pari avec la ville qui accueillait l’émission ce soir-là, et notre visiteur m’avait parlé de ce défi : à l’époque était sorti le film « Manta Manta » qui traitait un peu des « beaufs » allemands . La Manta, c’était une voiture que les allemands tunaient à tire-larigot. Dans le film, le héros possède donc une Manta rouge et sa copine est coiffeuse et blonde. Le pari à l’époque, c’était donc de trouver dans la ville 100 conducteurs de Manta rouge et dont la copine était coiffeuse et blonde! La première fois où j’ai vu de moi-même l’émission en Allemagne, ça m’a rappelé cet épisode…
Un des succès de l’émission, c’était l’animateur, Thomas Gottschalk, un géant de plus de 2 mètres qui sait très bien balancer des petites piques sans être trop méchant, et qui arbore toujours des costards pour le moins… originaux. Jugez plutôt…

            

Quand les nains faisaient dodo et que c’était pas l’époque de la Nouvelle Star, on regardait volontiers cette émission « populaire » qui permet d’entendre des artistes en live, de voir des stars à peu près détendues et de se dire que décidément, il y a des gens fous partout… sauf que... il y a quelques mois (il me semble que la Choupinette était déjà parmi nous mais je ne mettrai pas ma main au feu), un pari a mal tourné. Un jeune homme (cascadeur de son métier) a parié qu'il arriverait à sauter par-dessus des voitures en mouvement, de plus en plus grosses, chaussé d'espèces d'échasses sur ressorts (aucune idée du vrai nom de la chose...). Je crois que les deux premières, il les a sautées sans problèmes, mais à la troisième il a réagi trop tard et s'est pris la bagnole de front. Tout ceci en live à la télé, sur le moment c'était très choquant. L'émission a évidemment été interrompue. Bilan des opérations, le monsieur est tétraplégique. Du coup, tout le concept de l'émission a vacillé. L'animateur a annoncé pendant l'émission d'après qu'il allait arrêter, et que dorénavant les paris un peu trop "sportifs" seraient interdits. Depuis, il y a eu 2 ou 3 émissions... celle de samedi dernier était sensée être une des dernières, du moins avec cet animateur. Mais bon, renoncer à lui, ce serait l'équivalent en France d'une émission de Drucker sans Drucker, quelque part ca n'a pas tout à fait le même goût...

En tout cas, si ca s'arrête vraiment, on ne verra plus à la télé allemande des "freaks" capables de faire un Rubik's Cube en 3 minutes, les yeux bandés et en apnée, de reconnaître une marque de dentifrice à son odeur, de rentrer à 5 dans une cabine téléphonique avec instruments et d'y jouer "I will survive" (nan mais morte de rire quoi, y'a des gens qui doivent vraiment s'emmerder dans leurs vies...), ni un Lionel Richie chanter "Hello" après s'être rempli la bouche de l'hélium d'un ballon ou une actrice américaine devoir se déguiser en Maya l'abeille... comme on dit ici: "Schade!"*

*chuis trop sympa je traduis: dommage!

vendredi 9 septembre 2011

La Nana aime manger

En surfant sur des blogs d’expatriés, je me rends compte qu’on s’y plaint beaucoup de la bouffe du pays d’accueil. Quand je reviens en France, la deuxième question qui vient après "et il fait pas trop froid là-bas?" c'est "et pour manger, vous n'êtes pas trop dépaysés, c'est bon quand même?". Voici donc venu le temps des rires et des chants de faire un petit bilan: "la mangeaille dans le Sud de l'Allemagne", par la Nana:
1) si on veut, on trouve tout pour faire les mêmes plats qu’on ferait dans la mère patrie. Et franchement, c’est pas tous les jours qu’on cuisine des grosses spécialités franchouillardes non? Sans vouloir faire de liste exhaustive et dans le désordre, sans trop me donner de mal je trouve ici du foie gras/pâtés, du bon Bordeaux, du Champagne, des escargots, du fromage qui coule et qui pue, du beurre salé, de la moutarde qui pique, des coquilles St Jacques (c'est pas ce qu'on mange tous les jours non plus rassurez-vous), tout ça au même prix ou à peine plus cher qu’à la "maison". Y’a plus qu’à ramener quand même le confit et le Jurançon de chez Belle-Mam et nos “South West Parties” sont assurées! Et dans l'urgence, il y a des sites comme celui-ci qui permettent de s'offrir des petites douceurs typiques de temps en temps...

2) Leur bouffe ici, on s’y habitue. Bon, c’est clair, ils mettent de la sauce avec tout, mais suffit de demander sans et ils s’exécutent! Ils ont de la bonne viande, qu’ils ne savent pas toujours préparer, demandez un steak cru vous l’aurez rosé au milieu, les premières fois on dit rien et on se retrouve avec une semelle dans l’assiette mais on comprend vite le principe. Pareil pour le café, ne jamais demander un café normal sous peine de se récolter un jus de chaussettes digne de la pire aire d’autoroute, on demande un espresso et on a un café normal. Une bête vinaigrette avec de l'huile, du vinaigre et un soupçon de moutarde, ils savent pas ce que c’est, toujours il faut qu’il y ait du yaourt dedans et que ça ait un goût un peu sucré. Mais quand même, il faut leur laisser ça, pour la charcuterie ils sont super forts (faut dire aussi que la grande majorité des familles allemandes ne mange pas chaud le soir, ils se font un plateau avec de la charcuterie et du fromage, tous les soirs de la semaine. Je passe pour une extra-terrestre quand je raconte que oui, 90% du temps chez nous on mange chaud aussi le soir), et les petits pains de 10000 sortes différentes, et les énormes Bretzel croustillants, et la bonne bibine, ça c’est quand même hyper bon pour faire des brunchs de folie le dimanche quand on n'a pas envie de faire de gros efforts de cuisine. Par contre, salé le brunch hein, parce qu'au niveau viennoiseries c'est pas la panacée non plus. Les croissants ne sont jamais croustillants comme en France, les pains au chocolat connaît pas, et le reste c'est du genre 30000 calories la bouchée.

3) Là où je suis d’accord, c’est que dans les supermarchés, y’a quand même moins de choix qu’en France… déjà à la base la majorité des supermarchés sont plus petits, donc forcément il y a moins de choses et moins de variété. La viande de base, c'est du porc, même à la coupe j'ai parfois du mal à trouver une bête escalope de veau, alors qu'il y a un rayon complet avec des saucisses (par contre trouver des merguez qui piquent pour les barbecs de l'été relève de l'exploit). Une fois sur 10 on trouve de la viande hachée pour se faire des tartares, le jour où y'en a, c'est la fête à la maison. Même pour les bébés les petits pots ce sont toujours les mêmes: boeuf-carottes, jambon-pommes de terre, dinde-riz, nouilles-tomates... on a vite fait le tour!

4) À la cantine, ça me saoule d’avoir toutes les semaines ou presque le plat traditionnel de la région: lentilles, paire de saucisses, bout de lard… et les autres spécialités, les “Spätzle” (genre de nouilles) au fromage fondu, les Maultaschen (genre de raviolis un peu bourratifs fourrés aux légumes et à la viance, souvent cuisinés avec des oeufs brouillés, encore une fois super léger!), le boeuf qui a cuit super longtemps dans le four sous une montage d’oignons et de sauce, de temps en temps ça passe mais c’est carrément pas de la cuisine fine…

Conclusion: je critique, je critique, mais c'est quand même pas si dégueu la mangeaille d'ici, sinon pourquoi est-ce que j’aurais pris pratiquement 1 kilo par année passée dans ce pays?????????? (oui, oui, le calcul fait peur, je suis là depuis 14 ans ici... hum, hum... en plus, je ne peux même pas mettre ça sur le dos de mes grossesses vu que moi, peu après avoir démoulé je pèse moins qu'avant d'être tombée en cloques (et là, d'un coup, des milliers de femmes me détestent))

Conclusion-bis: même en ne pouvant pas toujours manger ce qu'on veut, même en ne pouvant pas aller dans un supermarché pour flâner dans les rayons et décider spontanément ce qu'on va manger le soir-même, même en variant moins les plaisirs, il reste qu'en tant qu'expatriés, on peut quand même rester les bons vivants qu'on était avant de partir et de temps en temps se dire: "c'est bon comme là-bas dis!"

lundi 8 août 2011

Amis de la nature

Les allemands doivent être un des peuples les plus « bios » au monde. Bien sûr de nos jours tout le monde s’y met, mais je pense que si on recherchait un minimum on s’apercevrait qu’ils ont commencé bien avant le reste du monde. Chaque supermarché a sa marque bio, ses rayons bio, il y a des magasins à chaque coin de rue. Alors bien sûr comme partout le bio c’est plus cher que le pas bio et sur les fruits légumes on ne peut pas dire qu’on remarque une différence notable de texture ou de goût. D’ailleurs je ne sais même pas exactement ce qui qualifie un produit de bio. Le fait de ne pas utiliser de produits chimiques? J'ai lu hier sur un blog l'histoire de patates bios... qui viennent d'Egypte. Mouais. Quitte à faire du bien à la planète, autant acheter des produits locaux nan? Bref, le bio est partout, même dans les petits pots et les biscuits des bébés. Mais d'un autre côté paradoxalement justement au niveau des enfants je trouve que le côté écolo n'est pas vraiment très présent ici. Sur aucun forum allemand je n'ai vu de questions ou de débats sur les couches lavables ou sur les habits "verts". Tout le monde utilise des lingettes pour nettoyer les fesses de ses rejetons. Alors bon, on va dire que c'est une exeption (à rajouter aux grosses voitures qui font du 200 sur l'autoroute) au milieu du grand ensemble qui me fait dire que les allemands sont « proches de la nature ».

Un deuxième élément, c’est le thème de la nudité. Là aussi peut-être que je me trompe mais il me semble que le naturisme, c’est très germanique au départ. Non pas que ça me choque, moi j’ai été sur une plage naturiste pendant 20 ans avec mes parents. Depuis que je suis avec le Mec qui n’a pas forcément les mêmes vues sur la chose, je ne pratique plus mais ici, c’est délicat de ne pas faire comme les autres. Prenez le sauna par exemple. Déjà, dans 90% des cas, les saunas sont mixtes, c’est très dur d’en trouver un seulement pour les femmes. Ensuite, passée la porte de la pièce, tout le monde à poil ! Ca surprend la première fois. Moi j’ai d’abord mis un maillot de bain, je me suis fait réprimander sur le fait que c’était pas hygiénique, que ça aidait à la prolifération des bactéries, et blablabla et blablabla. Alors après je prenais une grande serviette qui cachait ce qu’il y avait à cacher et tant pis pour ceux qui me regardaient de travers. Et comme ça je transpirais encore plus, et toc, double effet kiss-cool. Mais les autres, c’est sans aucune gêne et sans même chercher à cacher quoi que ce soit qu’ils se trimballaient entre le sauna, la douche et les chaises longues, vêtus en tout et pour tout de tongs. En plus là où j’allais du temps où j'avais le temps de faire du sport (à l’origine pour jouer au squash), c’est à côté du boulot donc ça m’arrivait souvent de voir des gens de la boîte, pas forcément des collègues directs mais des gens que je connaissais de vue. Vous imaginez, le midi je dis bonjour à quelqu’un dans une réunion, le soir je le vois le p’tit oiseau à l’air à 50 cm de moi. Ca le fait pas vraiment.
C’est un exemple bête mais un jour dans un magasin, le Mec essayait un pantalon, dans la cabine d’à côté un type faisait des essais de costumes, sans fermer le rideau. Tout le monde a donc pu admirer son magnifique slip kangourou et ses cuisses de poulet. Dommage que ça n'ait pas été un rugbeux bien musclé avec un boxer moulant *soupir*. Bref, je m’égare, tout ça pour dire qu’au niveau pudeur, j’ai déjà connu mieux. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne veux pas faire l’amalgame entre naturisme et impudeur, je constate seulement qu’ici, se montrer tout nu, ben c’est presque normal. Un avantage, c'est qu'on se fait pas reluquer quand on allaite en public à grands coups de "cachez ce sein que je ne saurais voir...".

Parlons des allemandes maintenant. Là non plus loin de moi l’idée de généraliser, mais souvent on s’aperçoit qu’elles aussi elles veulent rester proches de la mère nature. Le rasoir ou les crèmes dépilatoires? connaît pas ! Je pensais que c’était un cliché, jusqu’à le voir de mes propres yeux. D’abord une fois dans le train avec le Mec, retour sur Paris. En face de nous, une jolie petite allemande. Mais vraiment jolie hein, 20 ans ou à peine plus, des traits fins, de beaux cheveux, des yeux bleu azur, des tâches de rousseur sur le nez… j’étais même contente pour le Mec (je suis très jalouse en temps normal mais pour ça je suis pas chiante, comme ils disent ici « il a le droit de regarder le menu autre part mais à la fin c’est à la maison qu’il mange ». À méditer), pour une fois qu’il n’avait pas une walkyrie en ligne de mire... Cette vision idyllique a duré jusqu’à Strasbourg, jusqu’à ce que la Miss prenne une position croisement de jambes typiquement féminine, et que de fait son pantalon remonte et laisse apparaître une bonne partie de ses mollets. Et là, j’ai presque entendu le Mec pousser un soupir de déception. C’était très long (donc ce n’était pas une erreur, ça datait pas de 3 jours comme la barbe du même nom !). C’était très noir sur une peau très pâle. C’était yétinesque (si je veux j’invente des mots). C’était à faire partir à toute allure tout individu mâle un minimum attaché à l’esthétique.
La deuxième fois (qui s’est répétée souvent depuis), c’est quand une collègue bien propre sur elle, bien habillée bien comme il faut, a levé les bras un jour d’été en réunion. C’était la forêt amazonienne là-dessous. À déblayer à la machette. Berk. Dernièrement c'est la stagiaire du département d'à côté (déjà pas extrêmement féminine à la base) qui a débarqué en bermuda. Ouille ouille ouille, ça devait piquer grave.  Et je vous parle pas de tout ce que j’ai pu voir dans les douches du club de squash sus-nommé. Sans être moi-même une adepte des coupes dites ticket de métro, quand la brousse gagne du terrain il faut quand même savoir l’arrêter, non? (z’avez vu, tout plein de métaphrases pour que les pervers du Net arrivent pas sur mon blog avec des mots-clés bizarres. Vous me direz, en ce moment personne n'arrive sur mon blog, même pas les pervers...). On voit souvent des stars poser déshabillées avec le slogan « plutôt nue qu’avec de la fourrure ». Ben les allemandes elles font les deux. Nues et avec fourrure.

P.S : super poétique le billet, nan?

mercredi 20 juillet 2011

La Nana est une mère indigne

S’il y a bien un domaine où les allemands font preuve d’une intolérance infinie, c’est sur les enfants.

Le premier théorème c’est : « si maman tu deviens, complètement arrêter de travailler tu devras ». Je n’ai pas de chiffres sous les yeux, mais j’imagine qu’au moins 80% des femmes arrêtent de bosser à la naissance de leur premier enfant. Alors oui, une bonne partie se justifie par le fait qu’au niveau places en crèches et en maternelle, disponibilité des nounous, c’est un peu la cata (moi j'ai la chance d'avoir une crèche d'entreprise où j'ai obtenu deux places sans passer par la case liste d'attente). Mais pour le reste, c’est une décision réfléchie. Moi, je suis ouverte à tous les arguments. Quand une connaissance me dit qu’elle touche le Smic et que si elle continuait à bosser de toute façon tout son salaire partirait dans les frais de nounou après une quasi-quête du Graal pour la trouver, je comprends parfaitement qu’elle préfère rester à la maison. Surtout qu'elles ont souvent des jobs où on ne peut pas dire qu'il y ait un réel épanouissement par le travail. Que l'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit, je suis très admirative de ces mamans qui restent à la maison et qui gèrent tout toutes seules, c’est un sacré boulot pas toujours rigolo (avoir Choupinou et Choupinette pendant 2 ou 3 jours pendant que le Mec est en voyage d'affaires et que la crèche est fermée (ça sent le vécu hein?), ce n'est pas "que du bonheur"). Mais quand on me sort que je suis une carriériste égoïste parce que même après 2 grossesses j'ai préféré reprendre mon boulot pour l’obtention duquel j’ai transpiré pendant des années (je me suis même fait traiter de Rachida Dati parce que j'ai repris à chaque fois aux 3 mois de mes enfants), là je ne suis plus d’accord. Quand avec un air de mépris total on me toise en me disant que ça ne sert à rien de vouloir faire des enfants si c’est pour les faire élever par des « étrangers », quand on critique la France et son système d’école toute la journée, très néfaste pour les pauvres petits qui n’ont plus le temps d’avoir des activités d’éveil et de passer du temps avec leur Môman (c’est le deuxième théorème germanique : « l’école toute la journée, c’est le mal ») alors là pour moi c’est la goutte qui met le feu aux poudres, je pars au quart de tour. Je leur sors très calmement que j’ai été en France à l’école. Jusqu’à 16.30 tous les jours. Que de 0 à 3 ans je me faisais garder par une grand-mère ou une nounou, parce que ma mère elle bossait. Et je leur demande si ça a fait de moi une délinquante asociale désiquilibrée sans éducation. Marrant, dans ces cas-là ils baissent le nez et marmonnent un truc du genre « oui mais bon, c’est pas pareil… ». Ah bon, en quoi c’est pas pareil ? Je dois avouer que quand on me répète combien Choupinou est épanoui, équilibré, sociable, souriant (rassurez-vous hein, il peut être aussi super chiant!), intérieurement je jubile. Ca ne veut pas dire non plus que ma situation est tous les jours idéale, il y a évidemment des moments où je n'ai l'impression que de courir et de ne pas voir grandir mes petiots, mais je crois que quelle que soit la décision qu'on a prise, si on l'assume et si on ne l'a pas fait parce que les autres, l'environnement, la morale (!) l'ont imposé, alors on n'a pas de raison de juger les autres.

La Nana est définitivement une grosse naïve qui croit bêtement que les gens peuvent évoluer...